J'étais seule, mais serais-je toujours seule.
J'avançais dans les nombreux couloirs identiques les uns aux autres, escortée par ma nouvelle directrice vers ma classe. Je n'espérais pas qu'ici ou ailleurs cela change, je n'avais pas une once d'espoir en ma réserve pour tout dire. Je le savais, je savais que cela ne serait pas différent d'avant. Le pays ne changeait rien, le lycée ne changeait rien à mes yeux. J'étais et je resterai une personne haït et crainte.
La marche s'arrêta devant une porte où de l'autre côté résonnait la voix du professeur réprimandant un élève trop bruyant. La directrice frappa et entra, un silence lourd remplaça les murmures incessants.
-___Bonjour jeunes gens, débuta-t-elle avec un regard lourd de reproches sur les perturbateurs. Ceux-ci baissèrent la tête alors qu'elle reprit, observant les élèves par-dessus ses lunettes. Je vous présente Leîla Farenge. Elle vient directement de Belgique et je compte sur vous pour ne pas faire honte à notre pays. Soyez gentil avec elle et tout ira pour le mieux.
Je n'écoutais déjà plus ce qu'elle racontait tandis qu'elle entrait dans un long monologue. JUe dévisageais chaque visage alors. Certains détournèrent les yeux, effrayés ou trop timides, d'autres me renvoyèrent mon regard froid, certains me provoquèrent du regard et ensuite il y eut lui. Ses yeux me déstabilisèrent sans aucun effort, mon c½ur s'affola. Non, je n'eus pas le coup de foudre, je fus juste choquée par une telle beauté. Habituellement, une fille comme moi serait passée à côté sans le remarquer mais il a cette beauté discrète que personne ne remarque, du moins personne comme moi. Il a ce petit quelque chose que de rare personne ne voit. Je n'étais pas attiré par son corps finement musclé, par son sourire de lover ou par sa main qu'il glissait ça et là dans ses cheveux. Non, c'était ses yeux. Brillants de malice au premier abord, mais teintés de tristesses et de douleurs, de souffrances et de peurs. Je savais qu'il n'avait eut la vie facile, mais quelque chose chez lui clochait. Quelque chose qui n'allait pas avec ce reflet dans ses yeux. Ce sourire, cette sûreté, cette façon de se tenir, ce regard hilare qu'il échangeait avec les autres. Je compris ce que les autres n'avaient probablement jamais compris, il joue un jeu, un jeu que je connais que trop bien. Ce jeu qu'elle jouait elle aussi, le jeu pour lequel elle a dû faire un sacrifice. J'étais le sacrifice. Tout deux jouaient le même jeu, un jeu dangereux. Tout deux avaient les mêmes lueurs dans le regard, et pour cela, je le haïs comme je l'haïssais et je l'ai aimé comme je l'aimais.
La directrice finit par clore son discours et me proposa de prendre parole. Je la regarda d'un regard sombre, m'assis sur une palliasse vide au fond de la classe et contemplais mes ongles. Elle pinça probablement les lèvres, je ne le vis pas, et la porte se referma derrière elle. Le professeur se présenta à moi, je ne me souvins plus de son prénom, la haine me calcifiait. Je fermais les yeux un instant et je réfléchis, peut-être joue-t-il au même jeu mais peut-être ne serai-je plus la victime. J'espérais. Cela faisait longtemps. Mon c½ur battait trop vite, enflammant ma poitrine, ma respiration était lente et glacée, je désirais le lever les yeux et le regarder, non, plus ! Je le désirais lui parce que je la désirais. Je voulais de lui l'allier que j'avais souhaité d'elle. Et pourtant, je ne le connaissais pas.
Il ne fallu pas plus de trente secondes pour que les élèves oublient le cours et s'intéressent à moi. Je me tassais sur ma chaise, ils parlaient de moi comme si je ne les entendais pas, comme si je n'étais pas là. J'entendis une voix douce et pourtant acide. Ses paroles me blessèrent car j'avais su, à ses intonations identiques à celles qu'elle prenait, qu'elles venaient de lui.
Elle me l'avait pourtant dit, j'étais seule et je serai toujours seule.