Je me demandais si dans ce monde, il existait encore quelqu'un qui comprenait le mot « humanité ».
J'avançais perdue dans mes pensées, ne sachant pas même si je suivais le bon chemin. Une averse se préparait. Je n'avais aucune envie de sourire mais je ne pouvais m'en empêcher lors de ce temps. Je me sentais perdue dans ce pays, je n'avais plus aucun repère. Rien ne ressemblait à ma vie d'avant, rien sauf ce lycée qui me détruisait autant que le précédant. La première goutte rencontra mon épaule dénudée m'arrachant un frisson. J'arrêtais soudain ma marche, prête à savourer les larmes du ciel. Un vent fit dégager mes longs cheveux bruns en batailles, l'ondulation de mes cheveux les rendants encore plus en désordre.
J'avançais à nouveau lentement, les flaques se dessinaient doucement sur le sol. Les voitures passaient à côté de moi sans me voir, m'éclaboussant au passage. Ça ne me dérangeait pas, j'aimais ça, être trempée jusqu'au os et prier pour finir malade le lendemain.
Marchant à pas de tortue, je me rappelais chaque instant de cette sinistre journée, arrivant bien entendu à me rappeler sa voix, son regard, ses moqueries, etc. Je ne le connaissais pourtant pas mais je savais qu'il était comme elle. J'ignorais son prénom, je ne pouvais pour si peu me rappeler de son visage mais cela m'importait peu. C'est probablement peu compréhensible mais j'aimais une part en lui, j'en étais même raide dingue. Comment aimer quelqu'un qu'on ne connaît pas ? Comment cela se fait-il qu'il comble chacune de mes pensées depuis que notre regard s'est croisé ? J'aime un homme, ainsi qu'une femme, pour la simple raison qu'ils souffrent de cette même souffrance qui m'habite. C'est si bête n'est-ce pas ? Et je hais ces deux mêmes personnes pour le fait qu'eux ont trouvé une sortie de secours alors que moi, je me meure chaque jour asphyxier par la connerie humaine.
Il est étrange d'associer ces sentiments pourtant contraires mais je ne joue jamais avec les mêmes règles que les autres. Peut-être est-ce pour cela que l'on me traite de la sorte. Et puis, non, je ne vois pas pourquoi je devrais leur trouver des excuses. Ce sont des monstres qui ont le besoin de faire souffrir autrui afin de se satisfaire dans leur misérable existence. Ils n'ont d'autre solution que de me détruire chaque jour alors, pour ne pas devenir fous eux-mêmes. N'a-t-on jamais dit que les humains étaient des êtres terriblement égoïstes ?
Perdue dans mes pensées, je m'étais arrêtée nette sans prêter attention à ce qui m'entourait. Le visage des deux êtres qui me hantaient tournait inlassablement dans mon crâne, me tourmentait lorsque soudain, leurs images me furent arrachées et remplacées par une douleur violente au niveau des côtes. Ma respiration était coupée, mon c½ur s'affolait tandis que des bruits puissants résonnaient douloureusement dans le crâne. Ma vision était trouble, j'étais incapable de comprendre ce qui se passait autour de moi, l'agitation qui m'entourait me faisait presque peur. Les secondes qui semblaient durées des heures entières, s'écoulèrent et me rendirent peu à peu ma respiration ainsi que le contrôle de moi-même. Mes jambes tremblaient mais je me redressais difficilement. D'ailleurs que faisais-je par terre ? Le silence s'était fait lentement, et chaque voix se tue pour reprendre très rapidement.
-___ Vous allez bien mademoiselle ? Rien de casser ?
-___ Il faudrait appeler une ambulance...
-___ Non, non, je vais bien. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demandais-je.
-___ Vous étiez au milieu de la rue !
-___ Il faut faire attention lorsqu'on traverse ! Il aurait pu vous tuer !
-___ Heureusement que ce jeune homme était là pour vous pousser !
-___ Elle est suicidaire ou quoi cette pauvre enfant ?!
-___ Je vous jure, je ne l'avais pas vu ! Je ne voyais rien mademoiselle, je ne voulais pas !
Je ne comprenais plus rien, tout le monde parlait en même temps. J'avais risqué de me faire tuer ? Allons bon, et qui était cet emmerdeur qui m'avait ôté la chance de partir à jamais de ce monde ? J'avais beau chercher autour de moi aucun jeune homme ne se présentait. On me raconta la scène des centaines de fois, me décrivit le jeune héros inlassablement, on m'offrit un verre et me raccompagna même chez moi. C'était la moindre des choses sachant que je refusais qu'on appelle une ambulance.
Je m'imaginais la scène ; un charmant jeune homme qui vit la voiture arriver et moi, figée, les yeux dans le vide et trempée jusqu'à l'os. Un charmant jeune homme qui vit la voiture freiner trop tard, ne voyant rien par cette pluie battante. Je le voyais déjà courir le plus rapidement possible, de me plaquer au sol, me coupant la respiration par ses bras musclés et me cognant le crâne au sol dans le seul espoir de me sauver d'une mort imminente.
Ce fut la première fois que je souris pour une chose différente que la pluie qui dégoulinait le long de mon corps. De plus, cet accident m'offrait ce que je désirais le plus, quelques petits jours au fin fond de mon lit.
Je me demandais si dans ce monde, il existait encore quelqu'un qui comprenait le mot « humanité ». La réponse à cette question m'étonna : Malgré tout l'égoïsme de notre race, certain reste exception.
Encore toutes mes excuses pour le temps que j'ai pris.
Un petit mot sur ce chapitre. Il ne se passe pas grand chose, je l'admets.
Il n'a pas une place énorme dans l'histoire mais il va aider à mettre en place
la psychologie des personnages et le début d'une chose clé de l'histoire.
Je n'en dis pas plus, place à vos ressentiments... =)